Histoire

Dans un club privé regroupant les personnes au plus haut QI de la ville, Bertie Hastings est un homme timoré et introverti. Il est harcelé moralement depuis des années par Oliver Brandt qui le rabaisse continuellement en public devant le parterre des invités impassibles. Ils se connaissent depuis leurs études et sont associés dans une société de comptabilité. Oliver a détourné des fonds par des techniques comptables. Bertie le sait et ose lui dire en face qu’il va le dénoncer.

Avis

Troisième et dernier épisode de cette sixième saison, il nous entraine dans une association de personnes à haut potentiel, autrement dit, des petits génies. Comme dans Au-delà de la folie, les génies sont décevant.

Ici, les génies sont des excentriques et des ennuyeux comme le dit l’assassin de la semaine, Oliver Brandt. De doux fous : une jeune femme qui perd ses lentilles, un gentil gars à la théorie farfelue impliquant un élastique, une jeune fille heureuse que Columbo remarque qu’elle est jolie (bien avant #metoo, mais ici, Columbo n’est pas un dragueur maladif, mais comme un fin psychologue)… Bref, des monstres de solitude. Tous sans exception. Jusqu’à la femme de l’assassin, que se fout royalement de son mari, de son futur, qui refuse de lui offrir un soutien tant que celui-ci paye les factures. C’est d’ailleurs cette trahison ultime qui pousse Oliver à l’aveu plus que le stratagème de Columbo, un peu tiré par le cheveux. Difficile de croire que, soudainement, dans un crescendo de musique et de voix, Oliver Brandt crache le morceau qu’il a pris tant de soin à masquer, même aux spectateurs. Il se piège lui-même. Pour un homme censément être un génie, c’est un peu facile. Mieux vaut penser que c’est là l’expression de son renoncement !

Cette vision ridicule de ces petits génies a sans doute été guidé par le producteur de l’épisode, Richard Alan Simmons, qui signait là sa première production et qui avait été engagé pour faire plaisir à Peter Falk et faire en sorte qu’il fasse une saison de plus.

J’avais toujours trouvé que MENSA était une des associations les plus stupi­des qui puissent exister.

Richard Alan Simmons, producteur de l’épisode

L’assassin, justement, se démarque des autres. Pour la première fois, on le voit paniquer et appréhender l’arrivée du lieutenant Columbo. Mais on le voit aussi acculé, stressé, dépassé par les évènements. Le duel avec Columbo n’en est pas un. A aucun moment Oliver Brandt n’a de balle de match, à aucun moment il prend l’avantage. Il voit, de scène en scène, son petit édifice de carte s’effondrer sous ses yeux. Il sursaute à chaque entrée sur scène de Columbo, cet homme a peur de son ombre ! Et, en plus, le meurtre de son ami, Bertie, n’efface en rien son détournement de fond. Et pire, il prépare son meurtre en souriant, riant, il semble s’amuser comme un petit fou, préparer une bonne blague potache. La scène est vraiment bizarre. Qu’est-ce que cela dit du personnage ? Il est irresponsable ? Idiot ? Bertie mérite de mourir ? Il n’a aucun remords ? Tout cela est contredit par la suite de l’épisode. C’est en tout cas, une scène vraiment étrange.

Cet épisode est aussi l’occasion pour Columbo de revenir à ses méthodes de flics, à savoir l’intimidation et les menaces. Dans une scène parfaitement maitrisée, il menace George, le secrétaire d’Oliver, tout en flirtant gentiment avec Suzy.

Si on oublie le final, le stratagème un peu pourri de Columbo pour confondre Oliver, la dernière scène est une excellente scène car elle nous dévoile un pan de caractère de Columbo et de l’assassin. Oliver Brandt se montre tel qu’il est au final, une fragile petite chose, mal aimé, perpétuellement malheureux, cherchant sa place dans ce monde. Et cela explique magnifiquement l’attitude d’Oliver tout au long de l’épisode. C’est un génie mais c’est aussi une âme blessée, un homme cassé, modeste, humain et qui commet des fautes irréparables par amour pour sa femme. En cela, Oliver Brandt devient l’un des assassins les plus touchants de la série. Et c’est ce qui fait que malgré ses défauts, cet épisode est bon.

Et Columbo lui-même se laisse aller à des confidences, chose rare.

Vous savez, c’est étrange. Toute ma vie, j’ai fréquenté des gens d’exception. Je ne parle pas que des gens intelligents comme vous ou les membres de ce club. Vous voyez ce que je veux dire. A l’école, il y avait plein de gamins intelligent. Quand je suis entré dans la police, il y avait des gens qui me dépassaient. J’ai su qu’il allait être dur de devenir lieutenant. Alors, je me suis dit que si je travaillais plus qu’eux, que si je passais plus de temps à étudier les livres et que j’ouvrais grand les yeux, alors peut-être que j’y arriverais. Et j’ai réussi. Et j’adore mon travail.

Columbo

Côté coulisse, l’ambiance fut bonne et appréciable. Théodore Bikel, dans le rôle de l’assassin déclara :

C’est Sam Wanamaker [l’acteur] qui me l’a fait obte­nir. li devait être metteur en scène. J’étais proche du personnage. A un certain moment de mon passé si hétéroclite, j’ai été membre d’une société dans ce genre : MENSA. Les membres étaient issus des deux pour cent les mieux notés dans les tests d’intelligence. J’avais donc de quoi m’inspirer. […] Je me souviens que nous mettions vingt-deux jours pour tourner un épi­sode de quatre-vingt-dix minutes. C’était merveilleux. Et tout était très agréable. Je lis du polar et j’aime ça, faire un Columbo fut donc un véritable plaisir. Peter n’est pas le personnage qu’il joue. li est beaucoup plus cultivé. li possède un grand sens artistique, qu’il utilise pour mettre les autres artistes en confiance. li me disait qu’il ferait autant de prises qu’il fau­drait pour que je sois satisfait. C’est une chose très rare à la télévision.

Théodore Bikel

Comme vu plus haut, l’épisode se démarque par l’entrée de Columbo. Ici, l’assassin panique, une tension est palpable et monte en crescendo avant l’arrivée du lieutenant. On doit cet effet au producteur, Richard Alan Simmons et ce sera l’une de ses marques de fabrique :

Dick Simmons [le producteur] voyait cela tout autrement. Il voulait créer une tension beaucoup plus forte entre Columbo et l’assassin. Les entrées en scène ont donc gagné en importance. Columbo ne cherchait plus son stylo. Dans les premiers épisodes, les adversaires étaient entièrement sûrs d’eux et Columbo représentait une gêne mineure. Je pense que Dick ne trouvait pas ça très crédible. Il voulait plus de tension. C’était une autre manière de voir les choses. En y réfléchissant, les débuts d’épisode tournés par Dick ne sont pas très éloignées de celui qu’ont écrit Levinson et Link pour Inculpé de meurtre. Il y a là une tension certaine dès sa première rencontre avec l’assassin.

Peter Falk

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Anecdotes
  • Richard Alan Simmons, producteur de l’épisode, était un associé de longue date de Peter Falk, avec qui il a travaillé comme scénariste sur The Price of Tomatoes (ce qui a valu à Falk son premier Emmy Award), et plus tard en tant que producteur sur The Trials of O’Brien.
  • Cet épisode confirme le QI élevé de Columbo. Brandt en particulier met Columbo au défi de trouver la solution aux deux énigmes suivantes, défis que l’inspecteur relève haut la main (le premier avec l’aide de sa femme) :
    • des sacs (en nombre indéterminé) contiennent des pièces (en nombre indéterminé) qui font toutes le même poids (connu). Un seul sac contient de fausses pièces, qui ont un poids inférieur (connu). Comment, en une seule pesée, déterminer le sac qui contient les fausses pièces ?
    • sur les quatre mots suivants, lequel est l’intrus : asphalte, cuisine, filer et oncle ? Columbo répond qu’il s’agit du mot asphalte, car on peut dire : cuisine chinoise, filer à l’anglaise et oncle d’Amérique.
  • À noter la présence de Jamie Lee Curtis dans le rôle d’une serveuse un peu récalcitrante.
  • Le tourne-disques diffuse un extrait de quatre minutes de l’ouverture Roméo et Juliette de Tchaïkovski lors de la mise en scène du meurtre. Le roulement de timbales et les accords finals de la coda illustrent le générique de fin.
  • On peut remarquer dans la grande salle de la maison du club le portrait de Mme Melville qui vient de l’épisode 1 de la saison 1 « Le livre témoin ».
  • Theodore Bikel, qui apparaît comme membre d’une société semblable à MENSA (Association des personnes à haut potentiel), était un membre réel de Mensa.
  • Le seul épisode où le tueur anticipe nerveusement l’arrivée de Columbo sur la scène du crime (c’est-à-dire qu’il anticipe qui pourrait être le détective des homicides). Habituellement, c’est l’inverse : le tueur entre dans la scène où se trouve déjà Columbo et essaie de donner un coup de main, donnant des conseils à Columbo (ce qui est leur perte).
  • La platine utilisée pour la configuration de la mauvaise direction des coups de feu est un ADC Accutrac 4000 qui offrait un accès aux pistes de type CD sur un disque LP environ 6 ans avant l’introduction du CD de musique.
  • Si vous écoutez très attentivement la partition de Robert Prince tout au long de cet épisode, vous pouvez entendre une interprétation du célèbre « Thème de l’amour » de Roméo et Juliette de Tchaïkovski, qui se trouve être le morceau que la victime écoutait lorsqu’il a été assassiné.
  • Il s’agit de la deuxième apparition de Sorrell Booke dans la série originale Columbo. Sa première apparition est Columbo : Le chant du cygne (1974)
  • L’un des rares épisodes où le public ne voit pas exactement comment le meurtrier a dissimulé le crime jusqu’à la toute fin de l’épisode.
  • Le personnage de Basil Hoffman porte le même nom (Danzinger) que Robert Vaughn avait dans Troubled Waters.
  • Au tout début, la chanson qu’Oliver sélectionne pendant qu’il prépare le crime est « Boo Hoo (You’ve Got Me Crying For You) » écrite en 1937 par Edward Heyman, John Jacob Loeb et Carmen, le jeune frère de Guy Lombardo.
  • Theodore Bikel a joué un rôle similaire dans l’épisode de la saison 1 « Chariot of Gold » de Knight Rider.
  • Sergent. Burke est joué par deux acteurs : Todd Martin dans un Columbo (1971) de la saison 6, Columbo : Les surdoués (1977). Jérôme Guardino le joue dans Columbo : Le mystère de la chambre forte (1977).

Filmographie sélective de Théodore Bikel

Après avoir tourné quelques films, Bikel décide de s’installer aux États-Unis en 1954. Il y entame, parallèlement à son métier d’acteur, une carrière de chanteur de musique traditionnelle, et produit plusieurs albums sous le label Elektra, s’accompagnant de divers artistes comme Geula Gill et Judy Collins. Cet homme qui parle couramment cinq langues et se débrouille dans deux autres, est capable de chanter les chants traditionnels de 21 pays mais il pense que le terme de « chanteur traditionnel » ne lui sied authentiquement que lorsqu’il chante dans le yiddish de son enfance. C’est ce talent de chanteur qui introduit Theodore Bikel à Broadway et il séduit le public en créant en 1959 le personnage de Georg von Trapp dans La Mélodie du bonheur ; c’est tout spécialement pour lui et afin de mettre en valeur ses talents que la chanson Edelweiss est composée mais Bikel, qui dit fuir une sécurité qui finirait par le figer dans un stéréotype, quitte la pièce après deux ans alors que son succès ne s’est pas démenti. Il joue en 1964 le pompeux professeur hongrois Zoltan Karpathy qui se laisse abuser par Eliza Doolittle et, en 1967, Tevye le laitier dans Un violon sur le toit qu’il ne se privera cette fois pas de jouer plus de deux mille fois, et plus que tout autre acteur. Il enchaîne alors les participations spéciales dans diverses séries populaires, jouant de sa maîtrise des accents pour incarner des figures souvent pittoresques et généralement étrangères afin de varier son répertoire. Ce désir de versatilité définit également sa vie, et Bikel multiplie les casquettes, conjuguant une carrière de chanteur traditionnel, d’activiste politique et de propriétaire de bars ainsi que d’autres établissements.
Source : Wikipédia


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