Histoire

Le Colonel Lyle C. Rumford est un homme de la vieille école et le directeur tyrannique d’une académie militaire à laquelle il se voue corps et âme depuis des années. Il reçoit une visite au crépuscule; il s’agit de William Haynes, un jeune homme qu’il déteste. Ce visiteur est le petit-fils du fondateur de l’établissement (cela le rend membre de droit du conseil d’administration de l’académie). Le visiteur vient lui présenter un plan sur papier qui puisse permettre, selon lui, d’enrayer la baisse des recrutements. William Haynes a l’intention de transformer l’école en un collège mixte. Puisque les autres membres du conseil d’administration sont d’accord, cela rend le projet valable et prêt à être mis en place. Le Colonel comprend qu’il est alors voué à disparaître des lieux. Il ne souhaite voir cela arriver pour rien au monde puisque cela lui fera perdre son emploi et son rôle dans le monde militaire.

Avis

C’est un épisode particulier que celui-ci, pour 2 aspects :d’abord par le portrait tout en subtilité de l’assassin, de ce Colonel Lyle Rumford; et ensuite par le ton de l’épisode en lui-même.

Jusqu’à présent, les enquêtes du lieutenant recelaient de petits moments d’humour (plus ou moins réussis), basées sur sa personnalité, son inadéquation avec un environnement, ou juste des scènes amusantes pour le plaisir d’une scène amusante ! Ici, il n’y en a pas. Le moment où Columbo se fait réveiller par un cadet avec une tape sur la cuisse est à la limite incongru, inattendu, mais il ne ressemble en rien à l’humour des autres épisodes. La musique, ensuite. L’épisode n’en contient pas. Il commence dans le silence et s’achève dans le silence. La seule musique entendue est celle qui est jouée par les cadets eux-mêmes. .

Ce n’est pas une ambiance grave mais très sérieuse et solennelle qui flotte sur cet épisode. Il faut se rappeler qu’en 1974, au moment de la diffusion de ce Columbo, la guerre du Vietnam est en cours, et avec elle, les mouvements pacifistes. Les mouvements de l’époque ont sans doute façonné et guidé le travail du réalisateur comme du scénariste. Toute l’action se passe à l’académie militaire, Columbo y dort même et nombreuses sont les scènes en extérieure. Le sujet, la mise en scène, et l’ambiance générale font parfois penser à un petit film indépendant avec en vedette une colonel qui ne vit que par et pour la guerre et refuse toute idée de modernité.

Plus personne ne veut jouer au soldat.

Colonel Lyle Rumford

Peter Falk disait des épisodes de la première époque que, pour qu’ils soient réussi, « il faut parvenir à l’équilibre parfait entre être à la fois convaincant et amusant ». Entre le crépuscule et l’aube ne correspondant pas du tout à cette description et pourtant c’est un bon épisode. Il n’a pas la légèreté habituelle mais le drame qui se noue sous nos yeux est captivant.

Rumford tue pour préserver non pas son mode de vie mais une usine à bon soldat. Il tue pour l’Amérique, pour sa patrie, pour ce en quoi il croit. De mémoire, c’est le seul assassin à faire passer des intérêts supérieurs (selon lui) à sa propre personne.

Ce qui nous amène au second aspect particulier de l’épisode, la personnalité du tueur. Réduire le Colonel à un militaire de carrière qui refuse qu’on lui retire son joujou serait caricatural. Surtout, le scénario et les dialogues s’éloignent constamment de cette vision simpliste. Derrière le masque rigide du Colonel se cache un homme qui a à cœur la formation de jeunes soldats.

Il y a surtout le terrible portrait d’un homme solitaire. Le Colonel Rumford est un homme seul qui se prend à rêver à pouvoir cultiver son potager ou ses roses blanches si hommes arrêtent de se faire la guerre. Rumford n’a pas de vie, pas d’amis, pas de femmes, ni passé, ni futur. A un moment dans l’histoire, Columbo tente de dresser la liste des gens qui pourraient en vouloir au Colonel au point de vouloir l’assassiner. Il n’y a personne. Sa vie est vide. Sa réaction lorsque Columbo lui demande s’il a eu des petites amies dit tout sur le désert affectif du militaire. Patrick McGoohan interprète magistralement ce personnage, fait ressortir toute sa rigueur et sa fragilité en un frémissement de lèvres.

C’est un excellent épisode, lent, sobre, grave, ce n’est pas forcément un épisode vers lequel on se dirige spontanément quand on veut revoir un Columbo et pourtant.

McGoohan a obtenu un Emmy pour ce rôle, amplement justifié. Peter Falk a obtenu durant la même cérémonie un prix pour Columbo. Sur YouTube est disponible le discours de Falk.

Dans le livre du critique Mark Dawidziak, on apprend un imbroglio autour du scénario. Si le scénario est attribué à Howard Berk, Peter Falk et Patrick McGoohan ont prétendu que ce dernier avait quasiment réécrit le scénario qui nécessitait de nombreuses retouches.

Peter devenait fou lorsque les scénarios ne correspondaient pas à ses exi­gences. C’est Everett Chambers qui a produit mon premier Columbo, et c’est lui qui m’y a amené. Je pense qu’on avait d’abord songé à Ed Asner, et comme il n’a pu le faire, Everett m’a choisi. J’ai ressenti ça comme un privilège exceptionnel. Cette série avait de la classe. Ce fut un plaisir d’y participer. Combien de séries télé américaines peuvent prétendre être aussi soignées ? MASH est la seule qui me vienne à l’esprit et qui soutienne la comparaison. Mais ce scénario était embrouillé. J’étais sur le point de le parcourir dans l’avion qui m’emmenait en Caroline du Sud, et là, Peter est monté à bord, tout ce qu’il y avait de plus sem­blable à Columbo. Il a eu un moment d’arrêt. Puis il est venu vers moi, tête baissée, pour demander : « Que penses-tu du scénario ? « 

Patrick McGoohan

Peter Falk aurait donc demandé à McGoohan de retoucer le scénario et ce dernier prétend avoir beaucoup retouché l’épisode.

Tout ça avait besoin d’une bonne révision.

Patrick McGoohan

Howard Berk, crédité pour le scénar, réfute catégoriquement ces allégations.

En vérité, il n’y a eu que quelques changements. Il y a peu de différence entre le scénario original et ce qui est sorti à l’écran. Je n’ai aucune idée des modifi­cations que McGoohan prétend avoir faites. Il n’aurait pas pu en faire beau­coup, c’est absolument impossible. Il n’y a aucun doute là-dessus. Peter est un personnage très fantasque -point. Fin de l’histoire.

Howard Berk, scénariste


Quant aux producteurs, ils disent tous deux que les réécritures étaient nécessaires mais personne ne se souvient de l’ampleur d’un tel travail. Peter S. Fischer a déclaré :

Tous les scénarios avaient besoin d’être réécrits. Le boulot d’adaptateur exige par essence d’effectuer des refontes. Et il s’agit sou­vent de protéger le personnage. Les auteurs indépendants écrivent des intrigues formidables, mais ils s’égarent, ne connaissant pas le personnage. Il faut un Columbo, pas une moitié de Columbo. Moi, je m’asseyais devant ma machine à écrire, et je jouais le personnage tout en écrivant -pour être sûr d’être dans le ton. Mes enfants me regardaient comme si j’étais fou. Je ne m’apercevais même pas de ce que je faisais.

Peter S. Fischer, scénariste


Notez cet épisode !

Anecdotes

Le tournage a eu lieu au collège militaire de Charleston en Caroline du Sud, surnommé La Citadelle.

C’est la première fois qu’un assassinat se déroule en public. Pour autant, il n’apparaît pas au spectateur, à proprement parler : l’assassin est filmé en gros plan lorsque l’explosion se produit. Des cris et des hurlements sont cependant audibles.

Il existe une novélisation de cet épisode, signée Henry Clement, sous deux titres et dans deux traductions différentes en français : Au son du canon (Presses de la Cité, 1976) et Aux premières lueurs de l’aube (Pocket, 1991).

Patrick McGoohan a remporté un Emmy pour sa performance en tant que colonel Lyle C. Rumford dans cet épisode.

Bruce Kirby (Sergent George Kramer) était le vrai père de Bruno Kirby (Cadet Morgan).

Cet épisode contient la seule instance de la série originale où un personnage demande le prénom de Columbo. Le colonel Rumford de Patrick McGoohan s’enquiert à ce sujet, ce à quoi Columbo répond: « Oui, mais ma femme est à peu près la seule à l’utiliser. »

Des quatre épisodes de la série dans lesquels Patrick McGoohan est apparu, c’est le seul qu’il n’a pas réalisé.

L’Académie militaire fictive Haynes a peut-être eu des problèmes d’inscription, mais l’école dans laquelle cet épisode a été tourné est toujours aussi solide. The Citadel, officiellement The Citadel, The Military College of South Carolina, est un collège public situé à Charleston, en Caroline du Sud. Fondé en 1842, c’est l’un des six collèges militaires supérieurs des États-Unis. Elle compte 18 départements académiques répartis en cinq écoles proposant 23 majeures et 38 mineures. Le programme militaire est composé de cadets poursuivant des baccalauréats qui vivent sur le campus. Les programmes non militaires offrent 10 diplômes de premier cycle, 26 diplômes d’études supérieures, ainsi que des programmes en ligne avec 7 diplômes d’études supérieures en ligne, 3 diplômes de premier cycle en ligne et 3 programmes de certificat. Le Corps des cadets de Caroline du Sud compte 2 300 élèves et est l’un des plus grands corps en uniforme des États-Unis. Environ 1 350 étudiants non-cadets sont inscrits en soirée au Citadel Graduate College pour obtenir des diplômes de premier cycle et des cycles supérieurs. Les femmes représentent environ 9 % du corps et 22 % de l’effectif global, tandis que les minorités représentent 15 % du corps et 23 % de l’effectif total. Environ la moitié des élèves-officiers de la Citadelle proviennent de l’État de Caroline du Sud ; les cadets viennent de 45 états et 23 pays étrangers. Les résidents de la Caroline du Sud bénéficient d’une réduction sur les frais de scolarité, comme cela est courant dans les écoles parrainées par l’État. La Citadelle reçoit 8 % de son budget de fonctionnement de l’État. En 2019, le programme ROTC de l’école a commissionné 186 agents.

L’insigne d’unité du colonel Rumford peut être de subtiles références à la précédente série télévisée de Patrick McGoohan Le prisonnier (1967), car il porte à la fois l’insigne de formation de la sixième armée américaine (son personnage dans la série était connu sous le nom de « numéro 6 ») et le First Infantry Division (référence à la révélation dans Le prisonnier : Fall Out (1968) que Number Six pourrait avoir été le contrôleur énigmatique et jamais vu de « The Village », « Number One »).

Le premier des quatre épisodes de Columbo avec Patrick McGoohan dans le rôle du tueur. McGoohan se souviendra très affectueusement de ses débuts avec Columbo dans cet épisode, en disant: « C’est probablement mon préféré [des trois épisodes de Columbo dans lesquels il avait été à l’époque]. C’est peut-être mon rôle préféré aux États-Unis. Il a fallu un peu de travail, mais j’ai trouvé ça excellent. C’est sur la base de cette expérience que j’ai accepté de faire les autres.


Filmographie sélective de Patrick McGoohan

Acteur vedette des séries Destination Danger et Le Prisonnier (série dont il est le cocréateur), Patrick McGoohan a également participé à plusieurs épisodes de la série Columbo, en jouant le rôle du meurtrier à quatre reprises et en réalisant plusieurs épisodes. La série Le Prisonnier dont il est le maître d’œuvre (il en écrit deux scénarios, réalise lui-même trois épisodes tout en incarnant le héros, à savoir le Numéro 6) connaît dès les premiers passages un énorme succès en Angleterre. Au fur et à mesure des 17 épisodes que comporte la série, le public britannique attend avec hâte de connaître enfin qui est le Numéro 1. Mais le dernier épisode en forme d’épilogue allégorique qui clôt la série fait scandale en ne donnant pas de réponses claires et simples. McGoohan, du jour au lendemain, devient détesté, voire physiquement agressé dans les rues de Londres, par une partie de son public (britannique) qui estime avoir été lésé ou trahi, et McGoohan comprend qu’« il doit se retirer pour un moment ». Il quitte l’Angleterre pour vivre en Californie. Au début des années 1960, tout auréolé du succès de la série d’espionnage britannique Destination danger (où il incarne l’espion John Drake pendant quatre saisons et 86 épisodes), il se voit proposer le rôle de James Bond dans James Bond 007 contre Dr No de Terence Young. Mais il refuse ce rôle, jugeant le personnage de James Bond incompatible avec ses critères moraux. McGoohan avait pour projet d’adapter la série Le Prisonnier au cinéma, mais le temps lui manqua pour aboutir. Il a prêté sa voix dans un épisode de la saison 12 des Simpson, où il incarnait son propre personnage de la série Le Prisonnier.

  • 1954 : Les Briseurs de barrages de Michael Anderson : Le garde à la porte
  • 1979 : L’Évadé d’Alcatraz (Escape from Alcatraz) de Don Siegel : le directeur de la prison
  • 1995 : Braveheart de et avec Mel Gibson : Edward
  • 2002 : La Planète au trésor, un nouvel univers de Ron Clements : Billy Bones (voix)

Source : Wikipedia

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