Première diffusion le 1er mars 1971, soit 3 ans après le téléfilm. Dès le succès du téléfilm, NBC a voulu faire de l’inspecteur Columbo un personnage récurrent. Peter Falk, qui poursuivait et privilégiait sa carrière au cinéma, a refusé de se lancer dans une série de 22 épisodes, qui allait lui prendre énormément de temps, au détriment d’autres projets. Et, surtout, il ne voulait pas de scénarios bâclés pour remplir un créneau une heure par semaine. Il voulait que les scénaristes aient le temps de travailler dessus, il voulait du temps pour interpréter son personnage… Bref, il voulait être le plus professionnel possible.

Lorsque, pour remplir sa grille de programme, NBC a proposé aux créateurs de Columbo un créneau pour une série en quelques épisodes, diffusé sur quelques mois et non plus sur une année, ils ont sauté sur l’occasion et sont retournés voir Peter Falk. La suite, on la connait. On doit cette série au professionnalisme de Peter Falk qui a envisagé son rôle avant une opportunité, qui a participé à sa création et a veillé à la qualité des scénarios.

Cet épisode est donc le pilote de la série Columbo. On y retrouve le lieutenant 3 ans plus tard, un peu plus débraillé, plus conforme à l’image que nous avons de lui aujourd’hui. Il a abandonné son aspect que l’on pouvait qualifier d’autoritaire dans le téléfilm au profit d’une ténacité affable. Le cigare, les poches remplies de papiers et le stylo toujours absents, eux, sont toujours là.   

HISTOIRE

Leslie Williams tue son mari, Paul Williams, puis fait croire à un enlèvement. Elle utilise pour cela un enregistrement de la voix de son mari qu’elle a monté. Columbo est associé à l’enquête du FBI en tant que liaison locale, et ne fait qu’observer, apparemment gêné par quelques petits détails…

CRITIQUE & AVIS

Pour ce pilote, Columbo se frotte à une meurtrière intelligente mais froide. On ne sait même pas vraiment sa motivation. Elle tue son mari, point. Pourquoi ? On n’en saura rien, si ce n’est une possible explication par Margaret mais rien n’est prouvé, rien n’est dit, rien n’est montré. Le meurtre en lui-même non plus : on le voit en arrêt sur image avant que la caméra se place au-dessus, nous offrant une perspective d’ensemble. La réalisation est parfaite sur ce pilote et plusieurs plans sont cinématographie ; de même la musique, particulièrement appropriée. Pas étonnant que cet épisode ait bénéficié d’une sortie au cinéma en Italie (1978) et en Grande-Bretagne (1973) !

L’affrontement entre Columbo et Leslie est savoureux. Il donne naissance à des scènes particulièrement drôle. La scène de l’avion, où Columbo se sent mal, en est le parfait exemple. D’ailleurs, Peter Falk avait déjà joué au théâtre avec Lee Grant et sans doute leurs complicités hors caméra a bénéficié à l’épisode. On voit dans cet épisode à quel point Columbo veut paraitre idiot, sinon inoffensif et à quel point il se fout de ce que l’on pense de lui. Les scènes d’ouvertures –  quand il cherche son stylo sur le perron ou qu’il demande à Leslie, amusée, et devant l’agent du FBI, méprisant, comment empêcher les savons en forme de citron de coller ensemble – posent le personnage pour la série à venir. Il sera sous-estimé. Mais il restera le maitre du jeu. On en a la preuve un peu plus loin, lorsque Columbo remet à sa place, gentiment mais fermement le même agent du FBI !

Il est à noter qu’en mai 1971, Lee Grant sera nominée pour le Primetime emmy Award de la meilleure actrice dans une série, qu’elle remportera… pour un autre show pour lequel elle a été nominé dans la même cérémonie ! (Obtenu pour le rôle de Carrie Miller dans The Neon Ceiling.)

Le personnage de la belle-fille, Margaret, est lui aussi bien dessiné. Elle est détestable dans ses excès et par contraste, elle nous rend Leslie – froide, calculatrice – sympathique et un peu plus humaine. Les rares fois où l’on ressent de la compassion pour l’assassin, c’est grâce à Margaret ! En cela, le personnage de Margaret est essentiel. Les scènes de tribunal elles-mêmes nous décrivent une Leslie calculatrice, implacable et sans état d’âme.

Alors, oui, avec tout ça, quand Columbo manipule Margaret pour arrêter Leslie, on peut ressentir une légère déception. On aurait aimé que l’affrontement se termine par la force de l’esprit plus que par un tour de passe-passe. Et pourtant, on ne reste pas déçu très longtemps. Parce que l’épisode est très bon, parce que le scénario se tient, parce que les personnages sont bien construits et parfaitement joués. On ne voit pas le temps passer. L’alternance de menaces voilées, de petits détails et des scènes comiques nous emportent sans notion du temps.

Sur une note plus personnelle, et comme je l’ai déjà écrit ici, je n’avais pas aimé la conclusion du téléfilm. Si, ici encore, le piège qui se referme est un stratagème, il reste à mes yeux plus crédible que celui de Inculpé pour meurtre.

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ANECDOTES

Lors de sa sortie en DVD en 2003, le téléfilm a fait l’objet d’un nouveau doublage car la première version française était incomplète. Serge Sauvion (74 ans en 2003) prête une nouvelle fois sa voix à Peter Falk (à l’époque âgé de 43 ans) en dépit d’un fort vieillissement de son timbre. La version courte avec doublage d’époque passe encore à la télévision française (notamment sur TMC et Breizh TV).

Certains éléments seront repris dans des épisodes ultérieurs, comme entre autres, le crime déguisé en fausse demande de rançon (Dites le avec des FleursRéaction négative, etc), ou encore les fausses preuves créées par des proches de la victime dont Columbo, pour simplifier les choses, fait l’impasse sur ce délit (Une ville fatale). Certaines musiques seront à nouveau présentes dans d’autres épisodes.

Dans la séquence finale à l’aéroport international de Los Angeles, un clin d’œil est fait au film Airport, également produit par Universal Pictures et grand succès au cinéma en 1970 : on peut entendre en musique de fond le morceau Airport Love Theme, composé par Alfred Newman pour le film.

Le lendemain matin, juste après la remise de la rançon, que Leslie a fait le «drop», Margaret regarde «Double Indemnity», un film sur une femme qui tue son mari pour obtenir une police d’assurance.

Bien que Billy Goldenberg ait composé les premières musiques de « Columbo » en 1971, son « Columbo Theme » sorti commercialement enregistré comme tel par Norrie Paramor and His Orchestra (album « Law Beat », Contour Records 2870 369) n’est pas devenu le générique de la série. . Le thème est entendu pour la première fois lors de la séquence en hélicoptère de « Ransom for a Dead Man ». La série « Columbo » n’a jamais eu de mélodie de thème officiel.

L’avion que Columbo et Leslie Williams volent est un modèle 1968 36 Beechcraft Bonanza, numéro d’enregistrement, N7835R. En janvier 2019, il est toujours enregistré auprès de la FAA et est basé à Macon, en Géorgie.

Tout au long de la série, les relations de travail entre Peter Falk et « Universal » ont souvent été assez tendues. Cela aurait été causé par le refus du studio de permettre à l’acteur de réaliser plusieurs épisodes, comme ce fut leur accord. Au final, Peter Falk n’en a réalisé qu’un.

Peter Falk et Lee Grant ont joué dans la production de Broadway de The Prisoner of Second Avenue.

Cet épisode est le seul à afficher le générique de fin en défilant vers le haut de l’écran et pour que l’action se poursuive simultanément.

L’un des trois épisodes où une scène d’avion / d’hélicoptère est une partie importante du plan du meurtrier. Les autres sont Columbo : Le chant du cygne (1974) (l’avion est une « arme du crime » après que le méchant s’en est échappé avec un parachute) et Columbo : En toute amitié (1974) (le capitaine de police, lors d’un vol d’inspection, aperçoit sa femme jetée dans la piscine par un cambrioleur).

Tout au long de l’épisode, Columbo s’identifie comme étant l’officier de liaison de la « police locale ». Insolite mais cela lui permet d’être présent avant qu’un corps ne soit retrouvé.

GAFFES & AUTRES

Au début, On voit Leslie Williams en train de construire la fausse lettre de rançon sans porter de gants. Ses empreintes digitales auraient été partout, montrant que c’était elle qui avait réellement rédigé la lettre.

Lorsque Columbo est à Barney’s Beanery en train de manger du chili et que Margaret Williams vient à sa rencontre, ils passent du comptoir à un box. Lorsqu’ils quittent le comptoir, Columbo a remué son piment mais il n’en a pas mangé. Quand ils arrivent au box, le chili de Columbo est à moitié mangé. De plus, Columbo prend un grand portefeuille et le range sous son bras en quittant le comptoir et il semble l’avoir perdu lorsqu’il arrive au box.

Lorsque le personnage de Lee Grant quitte la berline Lincoln 1971 de son mari au panneau d’arrêt et se rend dans une boîte aux lettres pour envoyer la note de rançon, elle est surprise par une voiture qui approche. À l’approche de la voiture, c’est une Corvette. Mais quand on voit l’arrière de la voiture, c’est une berline Lincoln de 1971 !

Lorsque Columbo et Mme Williams commandent des boissons au bar de l’aéroport, on peut voir un Boeing 747 rouler vers eux en arrière-plan. Pendant le temps qu’il faut à Columbo pour dire « Je vais prendre un soda », l’avion disparaît. 20 secondes plus tard, le même avion roule plus loin dans sa place de parking.

Lorsque Columbo a parlé avec Margaret Williams dans le restaurant, son col de chemise était parfois plissé, parfois non.

Quand Margaret se lève de sa chaise après avoir tiré à blanc sur Leslie, nous la voyons par derrière avec les deux mains sur le pistolet. Lorsque l’angle de la caméra change pour lui faire face, Margaret tient le pistolet d’une main puis, quelques secondes plus tard, met les deux mains sur le pistolet.

Sur le chemin du dépôt de la rançon, son nouveau cap est de 20 degrés Nord-Ouest, ce qui est impossible. Un cap de 20 degrés serait le nord-nord-est.

Lorsque le plaignant blessé est interrogé à la barre des témoins, son avocat l’interroge sur ses blessures et il répond qu’il s’est blessé au dos. Lee Grant objecte au motif qu’il s’agit d’un témoignage d’expert qui ne peut être donné que par un expert médical et le tribunal soutient l’objection. Ceci est une erreur. Une personne peut témoigner de la partie de son corps qu’elle a blessée et de l’endroit où elle ressent de la douleur. Si la question posée était d’ordre technique, par exemple quel disque spécifique a été blessé, cette question ne pouvait être répondue que par un expert médical.

Columbo dit que la victime a été abattue à un angle de 45 degrés, prouvant qu’il se tenait debout et que son tueur était assis. Mais la victime aurait pu être allongée et le tueur debout, ce qui pourrait également expliquer l’angle de 45 degrés.

Un simple examen du corps de M. Williams par un médecin légiste aurait révélé qu’il était mort bien avant que Mme Williams ne reçoive cet appel téléphonique d’elle, mais cela n’a pas été fait.

Le timbre sur la lettre de rançon livrée n’avait pas de cachet de la poste.

Le FBI est à la maison en attendant le contact des ravisseurs, mais quand on frappe à la porte d’entrée, ils lui permettent de répondre par elle-même au lieu de l’accompagner au cas où ce serait un kidnappeur ou un intermédiaire délivrant un message.

L’intérieur de la résidence Williams est également utilisé comme intérieur de la résidence Buckner à Short Fuse.

Quand Leslie appelle son amie Pat, lui demandant de l’appeler demain pour lui rappeler leur rendez-vous au tennis, elle n’appuie que sur 6 boutons de son téléphone à clavier.

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