Columbo – S01E06 – Beth Chadwick – Attente / Lady in Waiting

Seconde meurtrière féminine de cette saison, Beth Chadwick a un avantage de taille à nos yeux. Là où le mobile de Leslie Williams était nébuleux, celui de Beth est limpide : il est dit, décrit, motivé, analysé. Elle tue pour s’émanciper. Elle tue pour naitre enfin, prendre le contrôle de sa vie, la vivre comme elle l’entend. Bridée depuis la naissance par son père, puis par son frère, Beth étouffe. Le refus de son mariage par son frère sera la goutte d’eau. Beth vit dans un monde gouverné par des hommes et celui doit changer.

Le fait de voir ce mobile clairement établi dans les premières minutes de l’épisode confère au personnage de Beth ce qui manquait un peu à Leslie. Une forte empathie pour l’assassin. C’est la première fois où j’ai vraiment souhaité que l’assassin échappe à Columbo. Elle la mérite, son émancipation. D’autant plus qu’en prenant le contrôle de la compagnie de publicité familiale, elle met en place de bonnes idées, me semble-t-il.

Beth Chadwick a aussi un côté enfantin, pas femme-enfant, non, un vrai côté enfantin. Lorsqu’elle imagine son crime, c’est confortablement installé dans son lit, se délectant tout autant des chocolats qu’elle mange que du meurtre qu’elle imagine parfait. Deux relookages plus loin, alors que Columbo est sur ses talons, elle lance un verre contre un mur, comme le ferait une enfant colérique. Et parallèlement à ça, elle gagne en pouvoir. Elle se redresse, elle dirige, elle contrôle, elle prend des décisions, unilatéralement qui ne souffre d’aucune discussion. Son fiancé en fait les frais lorsqu’elle annonce en plein conseil d’administration leurs fiançailles sans l’avoir prévenu.

Sa réaction est très dans le ton de la domination masculine d’une société patriarcale. Pas d’encouragements, pas d’applaudissements. Face à la frénésie de nouveautés – garde-robe, voiture, présidence de la compagnie – Peter Hamilton (joué par Leslie Nielsen) lui lâche, mi-terrifié, mi-décontenancé, un « Je ne te reconnais plus » qui en dit long. Alors voilà. Le destin de Beth Chadwick était donc tout tracé. Même dans la bravade familiale, qui ne voyait pas d’un bon œil sa liaison avec cet Hamilton, même avec cette première tentative d’émancipation, Beth n’aurait été qu’une femme de. Brisant les chaînes que son père et son frère lui ont imposées, elle en aurait retrouvé d’autres illico ! Peter n’aime pas non les femmes libres, on est un peu loin de l’image de l’amour romantique que Beth voyait en lui en début d’épisode.

Cette double personnalité éclate lors de la dernière confrontation avec Columbo. Parenthèse sur la méthode du lieutenant : il met encore en scène un vrai petit théâtre de torture ! Cela se retrouvera d’ailleurs sur bon nombres d’épisodes. Sans atteindre le niveau de torture de Leslie Williams, Columbo fait revivre le soir du meurtre à Beth. Mais sa personnalité enfantine prend le dessus, et Beth prend ce manège à la légère. Comme une enfant, lorsque le piège se referme sur elle, elle met en joue Columbo. C’est la première à caresser l’idée d’assassiner le lieutenant pour s’en sortir.

C’est aussi un épisode où l’assassin a de grandes chances de s’en sortir. Columbo n’a aucune preuve matérielle, juste un témoignage du fiancé qui a eu bien du mal à se remémorer le soir du meurtre (plusieurs mois se sont écoulés entre le meurtre et l’arrestation). Autant dire que Columbo n’a absolument rien qui ne tiendrait devant un tribunal. Personnellement, cela me va. J’aime à croire que Beth Chadwick s’en est sortie !


Susan Clark (Beth Chadwick) : Actrice et productrice canadienne. Elle arrête sa carrière en 2007 du fait de l’absence de proposition.

Leslie Nielsen (Bryce, le fiancé) : Il est apparu dans plus de 100 films et 1 500 émissions de télévision au cours de sa carrière, interprétant plus de 220 personnages. Il a aussi joué dans Arabesque (Murder, she wrote) des mêmes créateurs, avec Angela Lansbury.

Richard Anderson (la victime) : Familier des séries télés : il a joué dans L’homme qui valait 3 milliard, Super Jaime, Drôle de dames, Les mystères de l’ouest, Arabesque…


Filmographie sélective de Susan Clark
Cinéma
  • 1967 : Banning : Cynthia Linus
  • 1968 : Un shérif à New York (Coogan’s Bluff) de Don Siegel : Julie Roth
  • 1995 : Butterbox Babies : Lila Young
Télévision
  • 1968 : Something for a Lonely Man : Mary Duren
  • 1971 : Columbo : Beth Chadwick
  • 1981 : Sherlock Holmes : Madge Larrabee
  • 1994 : Tonya & Nancy: The Inside Story : LaVona Harding
Filmographie sélective de Leslie Nielsen
Cinéma
  • 1955 : The Battle of Gettysburg : le narrateur
  • 1972 : L’Aventure du Poséidon de Ronald Neame : le capitaine
  • 1980 : Y a-t-il un pilote dans l’avion ? de Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker : le docteur Rumack
  • 2009 : Spanish Movie de Javier Ruiz Caldera : le docteur Nielsen
Télévision
  • 1949-1954 : Studio One : un acteur / un ingénieur / le docteur Waring / Fred Lawson / Mac / Edmund / Tallman
  • 1960 : Les Incorruptibles : Tom Sebring
  • 1971 : Columbo (épisode « Attente », « Lady in Waitin ») : Peter Hamilton
  • 1975 : Columbo (épisode « Jeu d’identité »)
  • 1985-1986 : Arabesque : le capitaine Daniels / David Everett
  • 2007 : Robson Arms : Caldo Vasco
Filmographie sélective de Richard Anderson
Cinéma
  • 1947 : La Perle (La Perla), d’Emilio Fernández
  • 1952 : Scaramouche, de George Sidney : Philippe de Valmorin
  • 1998 : Breakout, de John Bradshaw : un homme d’affaires américain
Télévision
  • 1960 : Les Incorruptibles : L’ Histoire de Frank Nitti : Sidney Rogers
  • 1967 : Bonanza (série): Jameson Filmore
  • 1971 : ColumboAttente (Lady in Waitin) (série) : Bryce Chadwick
  • 1996 : In the Lake of the Woods (téléfilm) : Claude Rasmussen

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